Mariama R. NJAYOU (CCMN West Region)

Depuis un peu plus de deux ans déjà, le département du Noun qui occupe 52% de la superficie de la région de l’Ouest Cameroun est l’une des zones les plus sollicitées par les populations victimes de la situation sociopolitique qui prévaut dans le Nord-ouest et le sud-ouest du Cameroun.

En juin 2018, d’après les résultats de l’évaluation multisectorielle des nations unies, 160 000 personnes déplacées du Nord-ouest et du Sud-ouest étaient en situation d’urgence, tandis que plus de 20 000 réfugiés au Nigeria voisin.  Entre le mois de Juin et le mois de Septembre, les régions hôtes à l’instar de la région de l’Ouest et du Littoral ont vu le taux de personnes déplacées doubler voir même tripler dans certaines localités.

Le département du Noun se veut être le foyer d’accueil par excellence des personnes déplacées des deux régions « anglophones » en crise au Cameroun. Pour cela, depuis le mois de Décembre 2017, la densité de la population du Noun s’est vu croitre exponentiellement. D’abord les établissements scolaires d’enseignement secondaires et primaires d’une part, ensuite les centres commerciaux d’autre part. Dans l’Arrondissement de Foumban par exemple, ne serait-ce que pour le compte de cette rentrée scolaire 2018 – 2019, un total de 172 nouveaux élèves venus de ces régions a été enregistré par les autorités compétentes. Selon les responsables des délégations en charge de l’éducation : « l’on ne saurait chiffrer objectivement vu que les élèves continuent d’arriver et de se faire enregistrer au quotidien dans tous ces établissements et écoles ».

Toutefois, les autorités administratives et traditionnelles locales se sont réunies plus d’une fois pour essayer d’asseoir une stratégie de recasement et même d’installation de toutes ces personnes qui sont des plus vulnérables. C’est alors que suite à l’une de leurs réunions de sécurité, le Préfet du département du Noun et tout son staff technique a donné un mot d’ordre aux responsables d’établissements scolaires de prioriser les IDP’s lors des inscriptions et des recrutements des élèves pendant la période de rentrée scolaire 2018 – 2019.

La consigne a été respectée par ces derniers au vu des données statistiques collectées au sein des établissements scolaires du département du Noun par nous. Nous constatons que 90% des élèves recrutés viennent soit du Nord-Ouest soit du Sud-Ouest du Cameroun. Ce qui n’est pas sans risque ni difficulté lorsque nous savons qu’un enfant qu’on enregistre correspond à au moins 01 parent. Les données statiques enregistrées dans les services de la préfecture du Noun montrent qu’entre Janvier et Septembre 2018, le département du Noun a accueilli environs 7000 personnes déplacées venues des deux régions anglophones, la plupart d’entre elles étant des enfants dont le nombre s’élève à 3420 pour ceux en âge d’aller à l’école, les nourrissons quant à eux sont au nombre de 694, tandis que les femmes sont au nombre de 2096, et 1615 hommes. Toutes ces personnes sont accueillies et installées pour certaines par les autorités administratives et traditionnelles locales au sein des familles d’accueil tandis que d’autres se débrouillent comme ils peuvent pour se trouver un logement décent.

Sur les 7000 en cours d’enregistrement et d’installation dans le département, le flux de l’exode suit son cours normal et chaque jour il y a de nouveaux sinistrés qui arrivent dans presque tous les arrondissements du Noun. L’arrondissement de Bangourain entre le 1er et le 20 septembre a enregistré plus de 1400 IDP’s venues du Nord-Ouest. Tandis que les arrondissements voisins tels que Foumban avec 904 personnes enregistrées, Koutaba 1478 personnes, Foumbot 957, Kouoptamo 943, Magba 925, Malantouen 313 et Massangam 292 (enfants, femmes et hommes) enregistrées.

Cette forte croissance démographique, nous pousse à questionner la capacité d’accueil des zones sollicitées par ces personnes qui n’ont le choix qu’entre se laisser tuer ou fuir dans le village le plus proche en quête de sécurité et de paix.

Notre investigation nous a permis de questionner les mesures prises et mises en place par les autorités administratives qui ici représentent l’Etat, pour faciliter l’insertion socioéconomique des IDP’s de la crise dite « anglophone ». Il s’est agi pour nous de faire la lumière sur les conditions de vie ainsi que les difficultés liées à la cohabitation qui ici pourrait constituer une menace à la paix sociale et la stabilité. Cette mouvance démographique subite est de nature à générer des conflits tant du côté des déplacées que des populations hôtes.

Dans les régions et villes voisines aux zones en crise, ces personnes nouvellement installées pour certaines et d’autres en cours d’installation pour la plupart vivent dans des conditions précaires et souvent inconnues des autorités locales.  Cela constitue un risque flagrant et important à la stabilité sociale car ne disposant pas de ressources de subsistance, ni même de logements décents.

Néanmoins, l’autorité administrative a mis en place toute une stratégie d’accueil et d‘enregistrement des IDP’s auprès des autorités traditionnelles (chefs de village et de quartiers). La procédure consiste à collecter des informations sur l’identité de la personne, l’objet ou la cause de sa venue, le lieu de provenance, le lieu de résidence dans la localité, le métier exercé, et les coordonnées de la personne contact dans la localité s’il y en a. Et pour ceux n’ayant aucun contact dans la localité, l’autorité administrative prend le soin de leur attribuer un logement provisoire le temps pour eux d’en trouver à leur frais.

Par ailleurs, les IDP’s sont victimes pour la plupart de marginalisation et de stigmatisation au quotidien par certaines populations locales qui voient en eux une menace permanente pour la paix sociale et l’harmonie au sein de leurs communautés.

Pour d’autres personnes par contre, les IDP’s sont une opportunité d’affaire car voyant la demande en logement augmenter, les propriétaires de logements lèvent les enchères ce qui fait que les loyers sont vus à la hausse de plus de 200% dans certains quartiers et villages. Ce sentiment de méfiance est grandissant chez certaines personnes envers les nouveaux venus est dû aux préjugés et autres discours haineux souvent transmis sur les antennes des medias.

Toutefois, qu’adviendra-t-il de ces personnes s’ils ne parvenaient pas à s’intégrer et être accepter des populations hôtes ? Que se passera-t-il dans le Noun lorsque l’environnement ne disposera plus de suffisamment de ressources pour installer et encadrer les nouveaux venus ? Comment vivent ceux des IDP’s qui refusent de se faire enregistrer par les autorités locales et combien sont-ils ? Surtout qui sont ceux-là dont l’autorité administrative et même les autorités traditionnelles locales ignorent l’identité et même leurs origines ? Voilà les questions auxquelles il nous est impératif de trouver des réponses en urgence pour le compte du département du Noun, mais aussi pour les sept autres départements de la Région de l’Ouest Cameroun et si possible dans d’autres Régions voisines aux régions en crise. Il y va de l’intérêt de la nation toute entière ainsi que des institutions nationales et internationales en charge de la protection des droits de l’homme.

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